Diabolisée en France, l’indexation des salaires se maintient en Bel…




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En France, c’est le terme interdit du débat sur l’inflation. L’indexation des salaires sur les prix, qui n’est pourtant que la garantie minimum accordée aux travailleurs pour assurer leur niveau de vie, a, dans ce pays, une réputation sulfureuse. On semble y voir une forme insupportable de soviétisation de l’économie.

Lors des discussions sur le projet de loi « pouvoir d’achat » à l’Assemblée nationale, cette semaine, la majorité qui s’est dessinée, des partisans d’Emmanuel Macron au Rassemblement national (RN), a rejeté avec horreur les propositions d’amendements visant à rétablir cette indexation, portées par les députés François Ruffin (Somme, LFI) et Pierre Dharréville (Bouches-du-Rhône, PCF). La droite et l’extrême droite unies ont préféré faire le choix de mesures de primes volontaires laissées à l’appréciation des employeurs et largement financées par le déficit de la Sécurité sociale.

Pourtant, cette mesure a existé en France, introduite en juillet 1952 sous le nom d’« échelle mobile des salaires » par le gouvernement fortement anticommuniste dirigé par Antoine Pinay, qui sera une des références de la droite libérale française jusque dans les années 1980, notamment pour son orthodoxie monétaire.

Certes, ce gouvernement était soutenu par les socialistes, mais ces derniers n’avaient que deux ministres à des postes mineurs, et le ministre du travail qui a porté cette réforme était un représentant de la droite et du parti d’Antoine Pinay, Pierre Garet. Bref, il est difficile d’y voir un acte « socialiste » d’une manière ou d’une autre.

Manifestation à Bruxelles pour les salaires, le 20 juin 2022. © JONAS ROOSENS / BELGA MAG / Belga via AFP

Pourtant, ce mécanisme a été supprimé, trente ans plus tard, par le gouvernement Mauroy, sous la pression du ministre de l’économie et des finances Jacques Delors. Un an avant le « tournant de la rigueur », cette mesure laissait les travailleurs démunis face à l’inflation, sans que les quatre ministres communistes au gouvernement ne jugent utiles de démissionner (ils ne le feront que lors de la nomination de Laurent Fabius à Matignon, le 20 mars 1984). La nouvelle doxa s’était imposée à gauche. Dans la foulée, la part des salaires dans la valeur ajoutée française baissait de dix points entre 1982 et 1999. Sans que, pour autant, la croissance n’accélère.

Ce qu’il reste de l’indexation salariale en Belgique

La diabolisation de l’indexation salariale est d’autant plus incroyable qu’elle persiste dans certains pays proches qui ne peuvent guère être considérés comme des « économies administrées ». Dans la zone euro, Malte, Chypre et le Luxembourg disposent de ce système (le Grand-Duché vient d’en suspendre l’application pour neuf mois). L’économie la plus importante à avoir conservé ce mécanisme, c’est la Belgique, dont le PIB, à 500 milliards d’euros, représente un cinquième de celui de la France.



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